Le Gripen suédois : Un choix stratégique et souverain pour la défense du Canada

Le Canada vit un de ces rares moments où une décision d’apparence technique – quel avion de chasse choisir – pourrait redéfinir pendant un demi-siècle notre souveraineté, notre économie et notre place dans le monde.

Les premiers F-35A sont attendus sur le tarmac de Bagotville et de Cold Lake en 2026, mais le doute est plus fort que jamais. Les coûts d’acquisition ont déjà grimpé de 30 % depuis 2023, le coût horaire de vol frôle les 40 000 $ CAN selon les derniers rapports du Directeur parlementaire du budget, la disponibilité réelle de la flotte mondiale oscille entre 50 et 55 %, et les retombées industrielles promises à Bombardier, CAE et aux PME québécoises et ontariennes se révèlent dramatiquement inférieures aux engagements initiaux. Surtout, dans un contexte où les États-Unis redeviennent imprévisibles sur la scène internationale, dépendre à 100 % d’un système d’armes dont Washington détient la clé de chaque mise à jour logicielle n’apparaît plus comme une évidence stratégique.

C’est exactement au moment où ces questions deviennent brûlantes que le roi Carl XVI Gustaf et la reine Silvia de Suède poseront le pied à Ottawa, suivi d’une escale à Montréal, accompagnés du ministre de la Défense Pål Jonson, du PDG de Saab Micael Johansson et d’une délégation d’affaires jamais vue à ce niveau. Ce n’est pas une visite protocolaire. C’est une offensive diplomatique, industrielle et stratégique d’une ampleur exceptionnelle.

Deux nations qui se reconnaissent dans un miroir gelé

Peu de pays au monde ressemblent autant au Canada que la Suède.

  • Une immense superficie pour une population relativement modeste
  • Des hivers qui dictent la doctrine militaire
  • Une économie avancée basée sur l’innovation et l’exportation de haute technologie
  • Une tradition de neutralité ou de non-alignement qui a forgé une mentalité : on ne peut compter que sur soi-même en dernier ressort
  • Un attachement viscéral à la souveraineté, même à l’intérieur d’alliances comme l’OTAN
  • Une industrie aéronautique civile et militaire parmi les plus performantes de la planète (Bombardier, CAE, Saab)

Depuis l’adhésion de la Suède à l’OTAN en mars 2024, Stockholm a placé le Canada en tête de ses priorités de coopération. Les gestes concrets se sont multipliés :

  • Exercices conjoints Arctic Edge 2025 au-dessus du cercle polaire
  • Partage en temps réel de données radar nordiques
  • Échanges d’officiers permanents entre l’école de guerre aérienne de Trondheim et celle de Trenton
  • Signature d’un protocole d’intention pour un « Nordic Air Defence Partnership » incluant la Finlande, la Norvège et le Canada

Le « Partenariat nordique » : bien plus qu’un contrat d’armement

L’offre suédoise n’est pas un catalogue de prix. C’est un projet de société industrielle sur trente ans.

1. Une chaîne de production 100 % nord-américaine

  • Assemblage final du Gripen E/F à Mirabel (usine Bombardier existante)
  • Fabrication des ailes et de tronçons de fuselage à Toronto et Saint-Laurent
  • Intégration des systèmes de mission et simulateurs par CAE à Montréal
  • Production des moteurs General Electric F414 sous licence partielle à Halifax (Irving)
  • Maintenance lourde à Winnipeg et à Bagotville
    Résultat estimé : 10 000 à 12 000 emplois directs et induits, majoritairement au Québec et en Ontario, pendant 25 à 30 ans.

2. Un transfert technologique sans précédent

Le Canada deviendrait co-propriétaire de la version « Gripen E Canada » :

  • Accès complet au code source avionique
  • Droit de modification et d’exportation vers des pays tiers (sous accord suédo-canadien)
  • Capacité à intégrer nos propres capteurs (ex. : radar québécois pour la détection sous la glace)
    C’est exactement ce que le programme F-35 nous refuse depuis 20 ans.

3. Un écosystème arctique complet made in Canada-Suède

  • GlobalEye AEW&C (sur Bombardier Global 6500) assemblé à Downsview : l’avion de guet aérien le plus performant en conditions polaires
  • Développement conjoint d’une liaison de données tactique fonctionnant au-delà du 70e parallèle (où les satellites géostationnaires perdent leur efficacité)
  • Capteurs infrarouges passifs optimisés pour la détection de missiles de croisière à très basse altitude dans le brouillard arctique
  • Système de communication quantique résistant au brouillage (projet déjà en cours à l’Université de Waterloo et à l’Institut suédois de recherche de défense)

4. Une logistique souveraine

Entrepôts régionaux à Cold Lake, Bagotville, Goose Bay, Inuvik et même Iqaluit.
Aucune pièce critique ne dépend d’un feu vert américain.
En cas de crise majeure, le Canada pourrait maintenir 90 % de sa flotte opérationnelle sans aide extérieure – un luxe que le F-35 ne permet pas.

Une vision stratégique qui dépasse l’avion

Choisir le Gripen, c’est choisir une philosophie de défense.

La Suède a toujours conçu ses forces armées pour défendre chaque mètre carré de son territoire, même les plus reculés. Le Gripen a été pensé pour décoller d’une autoroute enneigée, se ravitailler sur une piste de glace, et rentrer à la maison après avoir intercepté un intrus à 1 000 km de sa base. C’est exactement la mission dont le Canada a besoin pour couvrir ses 9,9 millions de kilomètres carrés.

Le F-35, lui, a été conçu pour projeter la puissance américaine à 8 000 km de ses côtes, dans des environnements permissifs ou avec un soutien logistique massif. Ce n’est pas un défaut – c’est un choix différent. Mais ce choix ne correspond pas à notre géographie ni à notre doctrine.

La voix des experts canadiens

Ils sont de plus en plus nombreux à le dire publiquement :

  • Le lieutenant-général (ret.) Yvan Blondin, ex-commandant de l’Aviation royale canadienne : « Nous avons besoin d’un avion qui peut voler tous les jours, partout au pays, pas seulement quand les Américains le permettent. »
  • Le professeur Philippe Lagassé (Université Carleton) : « Le vrai risque stratégique n’est pas technologique, il est politique : être 100 % dépendant d’un allié qui peut changer de priorités du jour au lendemain. »
  • L’ancien ministre David Emerson, qui avait piloté le rapport sur l’aéronautique en 2012 : « Saab nous offre ce que Lockheed n’a jamais voulu nous donner : une véritable partnership industrielle. »

Scénario réaliste : la flotte mixte gagnante

Il n’est plus nécessaire de tout miser sur un seul cheval. Le contrat F-35 est signé, mais il reste flexible :

  • Garder 36 à 44 F-35A pour les déploiements expéditionnaires OTAN (Baltique, Indo-Pacifique, etc.)
  • Acquérir 110 à 130 Gripen E/F (version arctique optimisée) pour la souveraineté nationale et le gros du travail NORAD
  • Ajouter 6 à 8 GlobalEye pour remplacer les vieux CP-140 Aurora

Cette combinaison serait moins coûteuse à l’achat, beaucoup moins coûteuse à l’exploitation (le coût horaire du Gripen est environ le quart de celui du F-35), et générerait des retombées économiques sans commune mesure avec le programme actuel.

Le moment historique

Quand le roi et la reine de Suède descendront de leur avion à Ottawa, suivis par les dirigeants de Saab, ils ne viendront pas négocier un contrat.

Ils viendront proposer au Canada une alliance entre égaux – une alliance entre deux nations nordiques, industrielles, démocratiques et souveraines.

Une alliance où le Canada n’est plus un simple client, mais un véritable partenaire.

Une alliance qui nous permettrait enfin de dire : notre ciel, nos règles, notre industrie, notre avenir.

Le Gripen n’est pas seulement un avion.
C’est la porte d’entrée vers une défense aérienne qui nous ressemble enfin.